Sur RITRIT, on vous parle souvent de la Règle de saint Benoît, suivant laquelle nombre de moines et de moniales vivent leur vie de par le monde. Vous savez, le fameux slogan “Ora et Labora”, la devise qui partage la vie des religieux et des religieuses de façon équilibrée entre prière et travail ?

Bon, eh bah en 5 minutes chrono, on va tenter de vous expliquer en quelques mots ce qu’ont été ses origines, son histoire ou encore l’écho qu’elle a trouvé dans le monachisme occidental depuis près de 1500 ans.

Maître de Meßkirch, Saint Benoît en prière (1530, huile sur bois, 106 × 75 cm), Staatsgalerie, Stuttgart (Allemagne).

À l’origine de la Règle, un homme : Benoît de Nursie

Benoît de Nursie est parfois appelé « le Père des moines d’Occident ». Il naît en Italie centrale en 480 dans une famille chrétienne de la noblesse romaine. L’Empire romain d’Occident a cessé d’exister en 476 et l’Italie n’est alors qu’un champ de bataille. Après une parenthèse à Rome, le jeune Benoît se retire dans la nature et vit en ermite. Cette quête de solitude fut aussi une manière de mieux se rapprocher de Dieu et de résister à l’appel du monde et ses mille tentations.

Dans son exil, Benoît fait la rencontre d’un moine : Romain. Les deux hommes se nouent d’amitié et Benoît finit par suivre le mode de vie des anachorètes, une forme de la vie consacrée reposant sur la solitude. Sollicité par des moines des environs, Benoît devient abbé et finit par fonder douze maisons placées sous le patronage d’un saint.

En 529, Benoît et ses compagnons quittent les lieux et s’installent au Mont-Cassin, un ancien camp de la Légion Romaine. Là, il compose la règle qui porte son nom : la Regula Benedicti (oui, on vous la donne en VO en latin). Il y meurt en 547.

C'est ici, sur les hauteurs du Mont-Cassin, que Benoît rédigea sa "règle pour débutants". © Mattis

La petite histoire de la règle de saint Benoît

La Règle de saint Benoît a été composée vers 530 à partir de règles antérieures, dont la règle du Maître, rédigée début du VIème siècle.

Vers 580, tandis que l’Italie du Nord est envahie par les Lombards, le monastère du Mont-Cassin est détruit. Les moines de l’abbaye prennent alors la fuite et se tournent vers Rome. Cette circonstance a très largement contribué à diffuser la connaissance de la règle de saint Benoît.

Elle se généralise à partir du IXème siècle lorsque l’empereur Louis le Pieux (778-840), fils de Charlemagne, l’impose à tous les monastères d’hommes et de femmes de l’Empire à l’occasion du Concile d’Aix-la-Chapelle en 817. Cette réforme était, dit-on, nécessaire pour unifier un monachisme jusqu’alors divisé entre règles concurentes, et pour structurer la vie monastique, à une époque où certains moines se livrent au commerce ou laissaient rentrer des femmes à l’intérieur de la clôture.

À partir de l’époque romane, elle devient le document fondamental de la vie monastique, et sert de modèle à un grand nombre d’ordres nouveaux qui l’adoptent ou s’en inspirent. De grands monastères comme Cluny, en Bourgogne, vont suivre la règle de saint Benoît. Il faut toutefois attendre le XIIIème siècle pour que se structure l’Ordre Bénédictin, auquel appartiennent nombre de communautés présentes sur RITRIT.

Au cours des siècles, les moines vivant sous la règle de saint Benoît se sont illustrés dans le domaine de l’activité intellectuelle et artistique. Les grandes abbayes bénédictines du Moyen Âge ont notamment contribué à sauver la pensée et la littérature antiques.

La « lectio divina » est l’une des trois composantes principales des cisterciens, les deux autres étant la prière commune et le travail manuel. Aujourd'hui encore, les cisterciennes de l'Abbaye du Val d'Igny lisent et méditent les Écritures.

Les grands principes de la règle de Saint Benoît

La règle de saint Benoît décrit en 73 chapitres la vie pratique et la vie spirituelle des moines ou des moniales. Elle est une règle de vie monastique, c’est-à-dire un texte normatif auquel se réfèrent certains ordres monastiques comme les bénédictins ou encore les cisterciens.

À l’abbaye Notre Dame de Timadeuc, les frères s’adonnent à la fabrication de la “Trappe de Timadeuc” ou encore le “Timanoix”, dont la recette leur a été transmise par les sœurs cisterciennes de l’abbaye de Notre-Dame d’Espérance, en Dordogne. Eh oui, les cisterciens suivent aussi la règle de saint Benoît !

L’importance du travail manuel dans la règle de saint Benoît

“L’oisiveté est l’ennemie des âmes : c’est ce qui fait que les Frères doivent donner de certains temps au travail des mains, et d’autres à la lecture des choses saintes.” (Règle de saint Benoît, chapitre 48).

La règle de saint Benoît invite celles et ceux qui la suivent à consacrer une part non négligeable de leur temps au travail manuel. Il se déroule généralement à l’intérieur de la clôture du monastère, de manière à éviter de se disperser hors les murs.

Sa raison d’être et son importance dans la vie monastique viennent de ce qu’il garantit l’autonomie économique des monastères et, dans le même temps, détourne les moines d’eux-mêmes pour mieux les laisser se concentrer sur l’essentiel.

Au cours de l’histoire, on a parfois vu les tâches intellectuelles prendre le dessus sur le travail manuel, à mesure que la nécessité d’acquérir une vaste culture religieuse s’est imposée. Ce fut le cas au Moyen-Âge, lorsque les moines se mirent à copier les textes des Anciens dans les scriptoria, alliant par la même travail manuel et méditation. Les congrégations bénédictines ont ainsi été le berceau de l’érudition historique pour l'Église.

À l'abbaye Notre-Dame de Jouarre comme dans toutes les autres communautés bénédictines, on prie plusieurs fois par jour et cela, depuis l'an 630 !

Une vie de prière et de contemplation

La vie des moines et des moniales est rythmée par la liturgie des heures, soit la célébration de ce que saint Benoît appelle l’office divin.

Au nombre de sept (et parfois plus), les offices scandent la journée des religieux, depuis les Vigiles (entre minuit et le lever du jour) jusqu'aux Complies (vers 21h, après le coucher du soleil). Entre temps, se succèdent les Mâtines, les Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None et Vêpres.

Le but ? Consacrer à Dieu les différents moments de la journée par des prières et des chants. Au-delà de la clôture des monastères, les offices, communiqués par sonneries de cloches, ont également rythmé la vie des laïcs.

L’importance de l’abbé ou de l’abbesse à la tête de la communauté

Monument de vastes proportions, à l’architecture solide, la règle de saint Benoît place un abbé à la tête de chaque monastère. Tandis que la règle du Maître faisait désigner l’abbé par son prédécesseur, celle de saint Benoît prévoit l’élection de l’abbé par la communauté à la tête de laquelle il est placé.

Selon Benoît, l’abbé doit aussi aimer ses moines comme s’ils étaient ses enfants, et se faire aimer d’eux. Du syriaque abba (*pas le groupe de musique suédois) signifiant “papa”, l’abbé est le père spirituel de la communauté.

Ainsi que le disent les Sœurs bénédictines de l’abbaye de Jouarre :

« L’abbé est aussi celui qui actualise sans cesse la règle, en l’adaptant à la réalité des situations vécues, à l’histoire, aux talents des membres de la communauté… »

“Écoute, ô mon fils” sont les premiers mots de la règle de saint Benoît, relue à voix haute et méditée chaque matin à l’abbaye de Fleury. Pour eux, elle est comme “une flèche qui montre la direction” qui, sans “prétendre tout dire ni faire de discours” veut simplement mettre en route et indiquer la voie !

Une vie de silence, d’humilité et de bienveillance

Si la règle de saint Benoît demeure assez exigeante pour qui la suit et la respecte, elle n’en est pas moins humaine. Car, outre la manière dont s’organise concrètement la vie des moines, la Règle décrit les vertus monastiques que sont l’obéissance, l’humilité et l’esprit de silence.

En dehors des temps de prière chantés collectivement, la Règle accorde une très grande importance au silence – de manière à se rendre disponible à Dieu et aux autres. Ainsi, les repas se prennent en silence, du moins au seul son de la voix d’un moine faisant la lecture à ses frères et des fourchettes qui s'entrechoquent avec les assiettes dans un vacarme assez amusant, avouons-le. 

Enfin, pour avancer collectivement, la vie communautaire nécessite des efforts collectifs et individuels (c'est la même chose lorsqu'on vit en collocation où les règles sont nécessaires, pour éviter par exemple de se retrouver avec une pile de vaisselle qui va jusqu'au plafond !). Ainsi, Benoît invite ses frères à ne pas se juger mutuellement mais plutôt à se venir en aide mutuellement en toute charité.

Qu’en est-il de la règle de saint Benoît aujourd’hui ?

La Règle est un monument qui a traversé les siècles et qui permet aujourd’hui à des moines de vivre une vie commune selon une dynamique où chacun trouve les éléments nécessaires pour progresser dans la conversion à la suite du Christ.

De nos jours, la règle de saint Benoît est la plus suivie. Dans de nombreuses abbayes, elle est lue intégralement au moins trois fois par an et commentée tous les soirs à l’occasion des “chapitres” précédant les complies.

Le fameux chapitre 57 de la Règle de saint Benoît : le sens de l'accueil !!

Un point essentiel de la règle de saint Benoît est décrit au chapitre 57 : l’importance de l’accueil pour les communautés monastiques (chez RITRIT, c'est notre préférée). Il y a deux phrases-clés qu'on adore répéter :

« On recevra comme le Christ lui-même tous les hôtes qui surviendrontOn rendra à chacun l’honneur qui lui est dû. »